Journal d'une Princesse
Par Amarelys le mercredi, septembre 30 2009, 20:37 - Lien permanent
Versailles a une aura magique, je le savais... Et je vous l'avais dit ! Il va falloir que les Grands Scenaristes arrêtent leur petit jeu, là, sinon je vais finir par penser que la Vie peut être Belle.
Mercredi 23 septembre 2009
Début de journée difficile... Je suis épuisée par la visite que j'ai fait faire hier. Aujourd'hui je suis en poste à la Galerie de Pierre haute sud, en parallèle à celle des Batailles, bref le trou du cul du Château. Cool, un coin tranquille, moi qui suis crevée, ça ne sera pas trop fatiguant. Mais zut, un coin paumé, moi qui suis déjà pas en forme, c'est pas ça qui va me redonner la pêche... Cette galerie a vraiment quelque chose de... sévère. Tout en pierre blanche, avec des statues en marbre blanc également des grands hommes depuis Dagobert jusqu'à... je ne sais plus. Et une seule femme, Blanche de Castille. Très peu de soleil éclaire le damier noir et blanc du carrelage, et il n'y a pas de fenêtres dans la partie centrale, qui est constamment plus sombre. Et dire que je vais devoir passer la journée dans ce couloir austère...
Dans l'après-midi, mon collègue le plus proche s'ennuie aussi, il propose donc de me montrer ce qu'il y a derrière toutes les portes verrouillées : des placards, des escaliers réservés au personnel, etc... Fort amusant.
C'est alors, en ressortant de ce couloir, que... *roulement de tambour* Ah, comment exprimer la surprise qui fut la mienne quand j'ai vu, là, devant moi, le visiteur taïwano-autrichien du premier jour, me dire "Hello !" avec un grand sourire... Je me suis demandé si je rêvais, si je me trompais de personne. Il m'avait dit sur msn que même s'il aurait aimé revenir pour les concerts de musique baroque (il étudie au Conservatoire de Vienne) à la fin du mois de septembre, il n'en aurait pas les moyens : trop de travail, billets trop chers... Et pourtant le voilà, par un merveilleux arrangement de circonstances ^^ : visites au Conservatoire de Paris et à celui de Versailles avec d'autres étudiants et professeurs autrichiens. On ne dirait pas qu'il s'est écoulé trois semaines depuis notre dernière rencontre. Et comme mon poste est bien calme, surtout en fin de journée, ça ne gêne absolument pas qu'il reste à discuter avec moi. Il m'a quand même fallu cinq bonnes minutes pour me remettre de cette surprise et réussir à articuler autre chose que "What are you doing here?", "You're not supposed to be here" ou "I thought you had gone back to Austria". ^^
Du coup, la fin du service et l'heure de la libération arrivent plus vite que prévu, et nous nous retrouvons, une fois de plus, dans la Cour d'Honneur. Je propose de marcher avec lui jusqu'à la gare (il loge à Paris) avant de rentrer chez moi. Attendez, c'est pas comme si on avait l'occasion de se croiser à chaque coin de rue, quand on se rencontre, autant en profiter ! Avez-vous déjà connu cette expérience de pouvoir parler de tout ce que vous voulez avec quelqu'un que vous connaissez à peine ? Les seuls silences dans notre conversations sont dûs à un manque de fluidité en anglais. Pour le reste, nous parlons vraiment de tout, culture et arts, les concerts qui vont avoir lieu (c'est cher, d'ailleurs, pas moins de 25€...) mais aussi horoscopes, superstitions, et même Jane Austen et Princesse Sarah (spéciale dédicace pour Talotte), et quelques histoires personnelles,aussi.
Gare des Chantiers, train pour Paris dans quelques minutes, prise de congé précipitée. Le temps pour lui de me remettre un rouleau de papier, en me disant que c'est "un truc amusant". D'accord, merci, je regarderai ça tranquillement ce soir, là je suis un peu trop fatiguée. Pourtant, dans le bus, la curiosité est trop forte, je déroule un peu la feuille... Et je tombe sur moi ! Enfin, ce à quoi je ressemble sur la photo qu'il a prise le premier jour (cf "This, Madame, is Versailles"), un portrait en robe XVIII siècle, juste magnifique. Je suis sans voix.
Et je ne suis pas au bout de mes surprises : je trouve aussi une pochette du Centre de la Musique Baroque de Versailles, avec un billet moins de 26 ans (c'est pas si cher, en fait ^^) pour le concert de vendredi.
Je vous jure, les amis, je commençais à me demander QUAND j'allais bien pouvoir me réveiller ! J'ai passé la soirée à me demander quel tour on me jouait, si j'avais été projetée dans quelque film infraromantique (faut pas abuser, non plus...) hollywoodien, ou si les scenaristes du Truman Show avaient oublié de camoufler leurs ficelles. Comme on se l'était demandé plus tôt : simple coïncidence, ou Destinée ? Quelles étaient les chances que nous nous retrouvions dans l'immensité de ce palais (qui a quand même dû en voir bien d'autres en son temps ^^) ?
Jeudi 24 septembre.
Je me disais aussi... De deux choses l'une : soit il y a un bug dans la matrice, soit tout ceci est parfaitement contrôlé et vise à entretenir le suspense, augmenter la tension dramatique. Je n'ai pas vu Martin aujourd'hui. Pourtant il m'avait dit qu'il devrait revenir à Versailles pour le conservatoire, et pour lui éviter de me chercher, je lui avais même dit à quel poste je serais. Mais il n'est pas venu. Je suis déçue. Et dire que je n'ai même pas moyen de le contacter... Enfin, au pire, je suis casiment sûre de le voir demain soir au concert.
Vendredi 25 septembre.
La théorie du complot, je vais finir par y croire ! Par quelle chance extraordinaire a-t-il pu se pointer à la Salle 1830 (exilée tout au bout de la Galerie !) juste au moment où je revenais de pause déjeuner, soit avec deux heures d'avance sur notre horaire "habituel" (bien qu'involontaire), et en plus à une heure où d'habitude, je pars en pause ? (Je vous passe les détails, j'avais changé d'horaires ce jour-là.) Soit nous avons une chance extraordinaire, soit il est doué de capacités paranormales et a un sixième sens pour me retrouver ^^. Explications sur son absence d'hier, remerciements chaleureux pour les deux surprises que j'ai trouvées, discussions habituelles, entrecoupées par les questions des touristes qui demandent où sont les toilettes (c'est d'ailleurs devenu une sorte de practical joke pour nous, vous allez voir), faut bien que je fasse mon travail quand même. D'ailleurs, j'ai eu un petit coup de stress quand j'ai vu débarquer mon grand patron, qui m'a demandé s'il " y a un problème"... parce que j'étais censée être en pause pendant encore dix minutes. C'est le monde à l'envers, va-t-on me reprocher de trop travailler ?^^
A 15h45 mon collègue vient me relever, c'est ce moment-là que Martin choisit pour me demander (histoire d'avoir une excuse pour être en train de me parler) où sont les... J'ai eu du mal à garder mon sérieux.
Nous sortons dans les jardins et allons jusqu'aux Trianons et au Hameau de la Reine. Et là on entre dans une carte postale : il fait un temps magnifique, pas un nuage dans le ciel limpide, les arbres commencent à peine à rougeoyer, et le Hameau de Marie-Antoinette a toujours eu un air de maison de poupée. Les massifs de fleurs embaument l'air d'un parfum enivrant. Enivrant, c'est le mot, je crois... C'est fou ce qu'on peut dire comme charmantes sottises quand on est un peu gris ^^.

Pour conclure cette journée, je l'invite à dîner chez ma grand-mère (ce qui me donne l'occasion de faire l'interprète, car son anglais à elle est un peu rouillé ^^), puis nous nous rendons au Manège des Grandes Ecuries pour un concert que j'ai bien aimé, mais qui, pour mon oreille profane, manquait un peu de morceaux vraiment vifs ("lively") ; le programme incluait essentiellement du Lully et du Rameau, et, euh voilà, je crois que c'est tout. ... Ah, je vois, je vous déçois. Vous auriez aimé que je vous en dise plus ? J'aimerais bien, mais je suis vraiment casi inculte dans ce domaine, alors je ne peux pas vous dire grand chose de plus. Juste qu'un orchestre à l'oeuvre, c'est beau. Mais vraiment. Les archets qui courrent sur les cordes, les corps entiers des musiciens qui se recroquevillent puis se déploient au rythme de la musique, c'est comme un ballet, une chorégraphie... Et tout l'orchestre est vivant, pas seulement chaque individu, mais l'ensemble...
Derniers adieux à la gare. Tiens, normalement, dans les films, c'est à ce moment-là qu'on fond en larmes silencieuses et pathétiques dans le hall casi désert. Mais nous avons plus de dignité que ça. Cela dit, ça fait quand même un drôle d'effet de voir partir comme ça, sans se retourner, quelqu'un qu'on connait à peine, mais avec qui on a partagé quelque chose de particulier, et que pourtant on ne reverra probablement jamais...
Samedi 26 septembre.
Et bien voilà, c'est déjà mon dernier jour de travail au Château. Ce mois est passé tellement vite, et il a été bien rempli ! Pour ma dernière journée, je ne vais pas chômer : je suis en poste au Vestibule de la Chapelle, le début du circuit de visite, avec le comptoir des audioguides juste à côté, et le bouchon qui se reforme constamment devant la Chapelle, dont l'accès est interdit par un cordon. J'ai intérêt à prendre une bonne inspiration avant de plonger dans cette masse grouillante... Sauf que j'ai failli l'avaler de travers, ma goulée d'air. Car dans la foule, devinez un peu qui j'ai aperçu ? Eh oui, encore... Vous ne trouvez pas que ça commence à faire beaucoup, vous ? ^^ Mais cette fois, je vous promets que c'est totalement fortuit. Il suffisait de quelques secondes, entre moi qui remontais des vestiaires, et lui qui sortait du hall, et pourtant, ça a suffit pour qu'on se croise encore une fois. Il n'a fait que m'expliquer qu'il n'avait pu résister, une dernière fois, aux attraits de Versailles, il avait un train à prendre à Paris. Les séparations au milieu de la foule et du brouhaha, c'est assez bizarre, comme irréel. On n'a pas l'impression que la personne va réellement partir, disparaitre de votre vie. Et pourtant, cette fois, c'est fini pour de bon. A moins qu'il ne spawne de nouveau dans trois semaines ^^.
Vous vous demandez peut-être pourquoi je vous ai raconté tout ça. (Et moi je vous demanderais, si ça vous a tellement ennuyé, pourquoi l'avoir lu jusqu'au bout ? =p ) Je ne sais pas trop. Mais j'en avais envie. Parce que dans ma vie que j'ai si souvent trouvée monotone, banale à en crever, il y eu cette rencontre extraordinaire, cet épisode un peu fou... Des évènements qui n'auraient surpris personne dans un roman, mais "dans la vraie vie", c'est autre chose... La rencontre en elle-même était déjà assez extraordinaire le premier jour ; qu'elle se soit répétée le deuxième pouvait encore passer ; mais trois semaines plus tard, là, ça tient du délire ! ou du miracle. Et il a fallu que ça coïncide avec nos premiers et nos derniers jours respectifs au Château. On a aussi bien rigolé en pensant aux relations historiques entre la France et l'Autriche, les liens particuliers qui les liaient et qui s'étaient tissés à Versailles ^^. Bon, on se calme, faut pas abuser non plus. Mais comment puis-je dire ça ?
(Là, je vous explique : j'avais rédigé tout ce billet en salle info à la fac, et IE+la connection wifi de l'ICP m'ont lâchée au moment de cliquer sur "Enregistrer". Et je n'avais bien sûr pas fait de brouillon. Donc j'ai perdu la première version, et je ne retrouve pas les formulations qui m'étaient miraculeusement venues à l'esprit pour exprimer... tout ce que j'avais en tête. Et le refroidi-réchauffé, c'est toujours nettement moins bon. Désolée.)
Je ne pensais pas qu'une telle histoire pouvait être possible. Parler juste une ou deux heures avec un parfait inconnu, et sentir aussi rapidement une sorte de proximité entre nous. "Atomes crochus", m'a-t-on dit. Je pensais que c'était du domaine de la fiction. Vous allez dire que j'en fais tout un plat. Excusez-moi, mais une expérience aussi dingue, j'avais envie de la partager avec vous. ... *suis bloquée*
Commentaires
that's Great :)
je suis très contente pour toi, c'est vrai que Versailles doit être magnifique, alors d'y vivre en plus quelque chose d'inhabituel ça doit secouer.
Merci du clin d'oeil et saches que je t'envie à mort XD on ne m'a jamais dessinée, ni retrouvée à des moments où je ne m'y attendais pas pour partager de bons moments, enfin bref non non je ne me plains pas je te dis juste que c'est bien que des choses comme ça t'arrivent :)
J'en ai marre des gens qui ont une belle vie intéressante >.>
Le dessin est génial.
J'en ai marre des gens qui ont des talents >.>
Wow. Même de beaux films romantiques ne valent pas ce petit mois de ta vie !
Et le dessin... Magnifique. Juste magnifique. La robe, l'idée, la vraisemblance... Tout.
Et dire qu'il parle allemand ! Ca ne pouvait être que quelqu'un de bien =D
"J'en ai marre des gens qui ont des talents >.>"
Peuh, qu'est-ce qu'il faut pas lire comme conneries.
Sinon, bel article (as usual), et je plussoie les autres ^^ Super dessin. This is Great Stuff
Moi j'en ai marre des gens qui se dénigrent tout le temps =D
Et je n'ai pas une belle vie intéressante, j'ai fait un drôle de rêve pendant un mois =p
Faut avouer que savoir dessiner c'est plus impressionnant pour les autres que savoir faire tourner un stylo... C'est un talent grand spectacle, c'est normal que chooz en soit jaloux.
hohohoho, i see what you did there
Le dessin est splendide.
...
Je rage.