Le ciel menaçait depuis plusieurs jours déjà ; les nuages noirs s'amoncelaient, étouffant le monde sous leur ombre macabre. Un faible souffle troublait la surface des eaux en y faisant naître de minuscules rides, impossibles à effacer, qui venaient battre doucement le pied des remparts... Ces falaises semblaient se dresser là, solides, droites et fières, depuis toujours, et rien n'aurait jamais dû remettre leur magnificence en question. Pourtant, sous le coup ces attaques discrètes mais inexorables, elles sentaient leurs bases commencer à s'effriter...
D'un seul coup, le ciel s'assombrit encore plus, jusqu'à une noirceur surnaturelle. Au même instant, un éclair fendit l'obscurité et s'abattit sur le monde, ouvrant la terre jusqu'au plus profond de ses entrailles, et les cieux infernaux déversèrent des trombes d'eau impitoyables qui martelaient le sol en y creusant de profonds sillons. Le vent se déchaina, arrachant tout sur son passage, bouleversant irrémédiablement la face du monde, dans le plus grand silence, ce qui le rendait peut-être plus effroyable encore. Et puis le sol mutilé s'embrasa, et le feu réduisit à néant le désert aride qui, peu de temps auparavant, était encore un Eden luxuriant et accueillant. Soudain le tonnerre éclata dans un grondement assourdissant. Comme un écho, la terre trembla, se fissurant de nouveau, et de ses blessures béantes vers le ciel en furie s'élevèrent les protestations et les plaintes agonisantes d'un monde qui se mourrait. Les falaises s'effondrèrent lentement, un instant suspendues entre ciel et mer, et s'enfoncèrent dans l'abîme glacé.

Quand le vent s'apaisa, quand le tonnerre se tut, quand l'eau se retira, il ne restait plus rien. Rien qu'un monde en pièce, dévasté. Les cicatrices restaient ouvertes, même si la terre avait ravalé et tenait contenu le feu qu'elle avait entretenu et qui l'avait détruite malgré elle. Un silence oppressant s'installa, à peine troublé par les derniers râles de l'ouragan. Plus rien ne bougeait.
Un maigre rayon de soleil parvint à se frayer un chemin parmi les nuages, et effleura le monde anéanti. Il n'éclaira que le soupir las d'une feuille morte qui frémit, et retomba, inerte.

[ Notes : J'aurais préféré vous livrer la version originale, mais j'ai perdu le brouillon ; ceci n'est qu'une réécriture de mémoire, et elle me satisfait beaucoup moins. (Là normalement c'est le passage où j'ajoute que ce que j'écris ne me satisfait jamais complètement, au final... Mais bon, tant pis...) Un autre truc agaçant, c'est que je n'arrive jamais à développer suffisamment mon idée en quelque chose de long... Mais peut-être que c'est déjà assez pour les non-moi qui le lisent. ]